État des lieux

Diagnostic territorial du Mandoul Occidental

Trente-quatre problématiques recensées, avec pour chacune ce que nous savons vraiment et qui peut décider. Cinq causes racines plutôt qu’une litanie de manques, sept priorités dont cinq ne demandent pas d’argent — et onze points que nous ignorons entièrement.

En trois phrases

  1. Ce diagnostic recense trente-quatre problématiques du Mandoul Occidental, avec pour chacune ce que nous en savons et qui décide, donc à qui s’adresser.
  2. Elles découlent surtout de cinq causes racines, dont l’absence de données locales et l’exclusion de programmes nationaux, et onze points restent inconnus.
  3. Nous retenons sept chantiers prioritaires, dont cinq ne demandent pas d’argent, à commencer par obtenir les tableaux du recensement pour le Mandoul Occidental.
Notre méthode

Ce que nous appelons une problématique, et ce que nous refusons d’appeler ainsi

Recenser les problèmes d’un territoire est un exercice dangereux. Mal fait, il produit une litanie de manques qui décourage les habitants, ennuie les partenaires et ne sert à rien. Bien fait, il devient l’outil le plus utile d’une association : la liste de ce qu’il faut obtenir, dans l’ordre, et de qui peut le décider. Nous avons donc posé quatre règles avant d’écrire une seule ligne.

Une problématique se nomme par son effet, pas par l’objet qui manque

« Pas de forage » n’est pas une problématique, c’est une solution absente. « Le réseau d’eau s’arrête plusieurs jours par mois faute de carburant » en est une : elle se mesure, elle se vérifie, et elle admet plusieurs réponses possibles. Cette nuance décide de tout, parce qu’une problématique bien posée laisse le technicien choisir la solution.

L’état de la connaissance est indiqué à côté de chaque ligne

Nous distinguons quatre états : documenté pour notre territoire, partiel quand nous avons des indices mais pas de mesure, ailleurs quand le fait est établi au niveau national ou dans une province voisine mais pas chez nous, et inconnu quand nous ne savons rien. Dire « inconnu » est une information, pas un aveu.

Chaque ligne indique qui décide

Une association qui adresse au président de la République une demande qui relève du maire perd son temps et sa crédibilité. Nous indiquons donc l’échelon compétent : nous, la commune, le département, la province, ou l’État. Une bonne partie de nos difficultés relèvent d’un échelon accessible à pied.

Nous ne comptons pas les problèmes que nous ne pourrions pas prouver

Aucune ligne de ce recensement ne repose sur une impression ou sur un ouï-dire. Ce qui nous a été rapporté sans source figure dans la dernière section, celle de nos lacunes, et non dans le tableau. Il vaut mieux une liste de trente-quatre problématiques solides qu’une liste de cent, contestable en bloc.

La problématique zéro

Nous n’avons pas de chiffres — et cela va changer dans les mois qui viennent

Il faut commencer par celle-ci, parce qu’elle contamine toutes les autres. Il n’existe aujourd’hui aucune statistique publiée à l’échelle du Mandoul Occidental : nous ne connaissons ni la population du département, ni le nombre d’enfants scolarisés, ni le taux d’accès à l’eau, ni le nombre de ménages pauvres. Tout ce que nous avançons dans nos huit dossiers est soit un chiffre national, soit un chiffre provincial, soit un constat de terrain. Cela suffit à argumenter ; cela ne suffit pas à cibler.

Cette absence a un coût direct et mesurable, que nous avons découvert dossier après dossier : un territoire sans chiffres n’est éligible à rien, parce que tous les programmes ciblent sur la base d’indicateurs. C’est une des raisons pour lesquelles le Mandoul est absent du projet de filets sociaux et du PRAPS-2 : non par malveillance, mais parce qu’il n’apparaît dans aucun classement de crise.

Or quelque chose vient de se produire. Le troisième recensement général de la population et de l’habitat a été lancé le 20 juin 2026, prolongé jusqu’au 21 juillet, et l’institut national de la statistique annonçait le 22 juillet 95,8 % des ménages dénombrés, avant d’entrer en phase de traitement. Pour la première fois depuis très longtemps, des données récentes sur nos villages existent quelque part.

Notre première demande, et la plus simple de toutes

Que l’institut national de la statistique nous communique, dès qu’elles seront disponibles, les tableaux du recensement désagrégés au niveau du département du Mandoul Occidental et, si possible, de la commune de Bédjondo. C’est une demande gratuite, qui ne coûte rien à personne, et qui vaut plus que la plupart des financements que nous pourrions solliciter cette année. Nous nous engageons à publier ces chiffres ici, en clair et avec leur source, et à corriger publiquement ceux de nos dossiers qu’ils démentiraient.

En attendant, la seule base de données locale existante est celle que nous construisons nous-mêmes : 133 villages inventoriés sur environ 256 estimés. C’est modeste, c’est incomplet, et c’est aujourd’hui ce qui existe de plus précis.

Le recensement

Trente-quatre problématiques, par domaine

Le tableau ci-dessous rassemble tout ce que nous avons établi à ce jour, y compris ce que nous ignorons. La colonne « qui décide » est celle qu’il faut lire en premier : elle indique à qui s’adresser.

Suivi

Vue d’ensemble par statut

Les mêmes trente-quatre lignes, regroupées cette fois par état de la connaissance plutôt que par domaine — pour voir d’un coup d’œil ce qui reste à investiguer. Le tableau détaillé par domaine suit juste en dessous.

Documenté (chez nous)12
État civil & protection
Départ d’enfants vers les sites aurifères du Nord — Péni est expressément citée parmi les localités de départ
Qui décide : Département
→ Protection sociale & inclusion
Eau, énergie, réseaux
Réseau d’eau limité à un seul village et fréquemment à l’arrêt faute de carburant (eau potable)
Qui décide : Commune
→ Eau, énergie & connectivité
Eau, énergie, réseaux
Bédjondo absente du volet rural du projet national de transformation numérique (connectivité)
Qui décide : National
→ Eau, énergie & connectivité
Santé
Le PASST3, programme de renforcement du système de santé de l’AFD, couvre trois autres provinces — mais l’AFD finance bien la santé maternelle au Mandoul
Qui décide : National
→ Santé & prévention
Éducation & formation
Centre de formation professionnelle inscrit au registre national mais non ouvert (formation)
Qui décide : National
→ Jeunesse & réussite
Agriculture, élevage, environnement
Le Mandoul n’est pas couvert par le PRAPS-2, le grand programme pastoral du pays
Qui décide : National
→ Agriculture, élevage & sécurité alimentaire
Agriculture, élevage, environnement
Conflits entre agriculteurs et éleveurs sans cadre local de prévention (agriculteurs et éleveurs)
Qui décide : Canton
→ Paix & cohésion
Économie & foncier
Inclusion financière à 7 % au niveau national, microfinance à 0,2 % de la population active
Qui décide : National
→ Entrepreneuriat & finance inclusive
Économie & foncier
Absence de voirie urbaine, alors que Bédjondo est desservie par la route nationale
Qui décide : Commune
→ Désenclavement & urbanisation
Solidarité & cohésion
Le Mandoul ne figure pas parmi les neuf provinces du projet national de filets sociaux
Qui décide : National
→ Protection sociale & inclusion
Solidarité & cohésion
Aucune organisation de développement n’a son bureau à Bédjondo (ONG et partenaires)
Qui décide : Nous
→ Gouvernance & plaidoyer
Solidarité & cohésion
Exode rural et perte des forces vives — départs pour l’orpaillage, les villes et la diaspora
Qui décide : Transversal
→ Jeunesse & réussite
Inconnu — à investiguer11
Données & gouvernance
Aucune statistique publiée à l’échelle du département : ni population, ni pauvreté, ni accès aux services
Qui décide : National
→ Recherche & savoirs
Données & gouvernance
Années de règne des chefs de Bédjondo non documentées (chronologie à compléter)
Qui décide : Nous
→ Mémoire & héritage
État civil & protection
Enfants dépourvus d’acte de naissance — sans ce document, ni examen, ni bourse, ni héritage (solidarité)
Qui décide : Commune
→ Protection sociale & inclusion
État civil & protection
Orphelins et enfants sans soutien parental — aucun chiffre fiable, ni national ni local
Qui décide : Commune
→ Protection sociale & inclusion
Eau, énergie, réseaux
Assainissement et gestion des déchets — aucun dispositif connu dans une ville qui a grandi sans plan
Qui décide : Commune
→ Désenclavement & urbanisation
Santé
Couverture du district en soins obstétricaux d’urgence — formations tenues au Mandoul, notre district non confirmé
Qui décide : Délégation
→ Santé & prévention
Éducation & formation
Latrines séparées, eau et hygiène menstruelle dans les établissements
Qui décide : Établissements
→ Jeunesse & réussite
Agriculture, élevage, environnement
Pertes après récolte et absence de stockage collectif — vendre bas en octobre, acheter cher en juin
Qui décide : Nous
→ Agriculture, élevage & sécurité alimentaire
Culture, mémoire & lieux
Lieux et bois sacrés ni recensés ni constatés — aucun inventaire n’existe au Tchad (lieux sacrés)
Qui décide : Chefferie
→ Culture & patrimoine vivant
Culture, mémoire & lieux
Sépultures anciennes sans marquage, exposées aux travaux publics et à l’extension urbaine
Qui décide : Commune
→ Mémoire & héritage
Culture, mémoire & lieux
Transmission des limites et des interdits — un savoir porté par quelques anciens et nulle part écrit
Qui décide : Chefferie
→ Culture & patrimoine vivant
Problématiques recensées par domaine, avec l’état de la connaissance et l’échelon de décision
DomaineProblématiqueConnaissanceQui décide
Données & gouvernanceAucune statistique publiée à l’échelle du département : ni population, ni pauvreté, ni accès aux services → Recherche & savoirsInconnuNational
Inventaire des villages incomplet — 133 recensés par nous sur 256 estimés (villages et cantons) → Recherche & savoirsPartielNous
Périmètres et rattachements des cantons non stabilisés — trois cantons restent non identifiés → Recherche & savoirsPartielProvince
Années de règne des chefs de Bédjondo non documentées (chronologie à compléter) → Mémoire & héritageInconnuNous
État civil & protectionEnfants dépourvus d’acte de naissance — sans ce document, ni examen, ni bourse, ni héritage (personnes vulnérables) → Protection sociale & inclusionInconnuCommune
Départ d’enfants vers les sites aurifères du Nord — Péni est expressément citée parmi les localités de départ → Protection sociale & inclusionDocumentéDépartement
Jeunes mères déscolarisées et pratiques d’exclusion des établissements → Genre & autonomisation des femmesAilleursÉtablissements
Orphelins et enfants sans soutien parental — aucun chiffre fiable, ni national ni local → Protection sociale & inclusionInconnuCommune
Eau, énergie, réseauxRéseau d’eau limité à un seul village et fréquemment à l’arrêt faute de carburant (eau potable) → Eau, énergie & connectivitéDocumentéCommune
Aucun équipement public électrifié connu — centre de santé, lycée, mairie (électricité) → Eau, énergie & connectivitéPartielNational
Bédjondo absente du volet rural du projet national de transformation numérique (connectivité) → Eau, énergie & connectivitéDocumentéNational
Assainissement et gestion des déchets — aucun dispositif connu dans une ville qui a grandi sans plan → Désenclavement & urbanisationInconnuCommune
SantéPlateau technique, personnel et médicaments du district sanitaire (santé) → Santé & préventionPartielDélégation
Le PASST3, programme de renforcement du système de santé de l’AFD, couvre trois autres provinces — mais l’AFD finance bien la santé maternelle au Mandoul → Santé & préventionDocumentéNational
Couverture du district en soins obstétricaux d’urgence — formations tenues au Mandoul, notre district non confirmé → Santé & préventionInconnuDélégation
Éducation & formationDéperdition scolaire, très marquée chez les filles — 70 % achèvent le primaire, 5 % atteignent le supérieur (éducation) → Jeunesse & réussiteAilleursInspection
Latrines séparées, eau et hygiène menstruelle dans les établissements → Jeunesse & réussiteInconnuÉtablissements
Centre de formation professionnelle inscrit au registre national mais non ouvert (formation) → Jeunesse & réussiteDocumentéNational
Alphabétisation des adultes et langue d’apprentissage — le sar figure parmi les trois langues de l’évaluation nationale → Culture & patrimoine vivantPartielDAPLAN
Agriculture, élevage, environnementRendements faibles et absence de conseil agricole de proximité (agriculture) → Agriculture, élevage & sécurité alimentairePartielANADER
Le Mandoul n’est pas couvert par le PRAPS-2, le grand programme pastoral du pays → Agriculture, élevage & sécurité alimentaireDocumentéNational
Conflits entre agriculteurs et éleveurs sans cadre local de prévention (agriculteurs et éleveurs) → Paix & cohésionDocumentéCanton
Pertes après récolte et absence de stockage collectif — vendre bas en octobre, acheter cher en juin → Agriculture, élevage & sécurité alimentaireInconnuNous
Bois-énergie, coupe du bois et dégradation des terres cultivables → Environnement & ressources naturellesAilleursProvince
Économie & foncierFoncier sans cadastre dans une ville qui s’étend — 57 % des dossiers judiciaires de Sarh en 2024 étaient des litiges fonciers → Désenclavement & urbanisationAilleursCommune
Inclusion financière à 7 % au niveau national, microfinance à 0,2 % de la population active → Entrepreneuriat & finance inclusiveDocumentéNational
Enclavement des pistes de cantons à la saison des pluies (routes et ponts) → Désenclavement & urbanisationPartielCommune
Absence de voirie urbaine, alors que Bédjondo est desservie par la route nationale → Désenclavement & urbanisationDocumentéCommune
Culture, mémoire & lieuxLieux et bois sacrés ni recensés ni constatés — aucun inventaire n’existe au Tchad (lieux sacrés) → Culture & patrimoine vivantInconnuChefferie
Sépultures anciennes sans marquage, exposées aux travaux publics et à l’extension urbaine → Mémoire & héritageInconnuCommune
Transmission des limites et des interdits — un savoir porté par quelques anciens et nulle part écrit → Culture & patrimoine vivantInconnuChefferie
Solidarité & cohésionLe Mandoul ne figure pas parmi les neuf provinces du projet national de filets sociaux → Protection sociale & inclusionDocumentéNational
Aucune organisation de développement n’a son bureau à Bédjondo (ONG et partenaires) → Gouvernance & plaidoyerDocumentéNous
Exode rural et perte des forces vives — départs pour l’orpaillage, les villes et la diaspora → Jeunesse & réussiteDocumentéTransversal

Sur ces trente-quatre lignes : douze sont documentées pour notre territoire, quatre le sont ailleurs, sept partiellement, et onze demeurent entièrement inconnues. Huit relèvent d’une décision nationale, quinze de la commune, du canton, de la chefferie ou de nous-mêmes, et les onze autres d’un échelon intermédiaire — délégation sanitaire, inspection, établissements, agences.

L’analyse

Cinq causes racines, plutôt que trente-quatre problèmes séparés

Une liste n’est pas une analyse. En relisant ces trente-quatre lignes, cinq mécanismes reviennent, et ce sont eux qu’il faut attaquer : la plupart des autres difficultés en découlent.

1. L’exclusion cumulative des programmes nationaux. Le Mandoul est absent du projet de filets sociaux et du PRAPS-2, et le projet d’alternatives aux camps lancé en février 2026 couvre le Logone Oriental, non le Mandoul. Nous avions d’abord compté la santé parmi ces exclusions : c’était une erreur, et nous l’avons corrigée. Le programme de renforcement du système de santé de l’Agence française de développement, le PASST3, couvre effectivement trois autres provinces, mais la même agence finance chez nous un projet de santé familiale qui cible explicitement le Mandoul. Sur ce terrain, la porte est ouverte ; voir ONG et partenaires. Nous n’y voyons aucune hostilité : les critères de ciblage privilégient logiquement les zones de crise alimentaire aiguë et d’accueil de réfugiés, où nous ne figurons pas. Mais l’effet cumulé est réel : une province qui produit, qui n’est pas en crise et qui reste pauvre finit par n’être éligible à rien. C’est l’argument central que nous portons partout, et il est vérifiable programme par programme.

2. L’absence de données locales, traitée plus haut. Elle alimente directement la première : on ne cible pas ce qu’on ne mesure pas.

3. L’absence d’acteurs basés sur place. Notre cartographie des organisations a établi qu’une vingtaine de structures interviennent dans le Mandoul, toutes basées à Koumra, à Sarh ou à Moïssala, et aucune à Bédjondo. Un projet se déploie là où il a un relais ; là où il n’en a pas, il ne vient pas. C’est précisément le vide que nous occupons.

4. Le statut juridique incertain des choses. Le foncier s’échange sans cadastre, le code pastoral est à l’état de projet, le code de protection de l’enfant aussi. Quand la règle n’est pas écrite, c’est le rapport de force qui tranche, et il tranche toujours contre le plus faible. Cette cause est la moins visible et probablement la plus lourde.

5. La fuite des forces vives. Les jeunes partent : vers les sites aurifères du Nord, vers les villes, vers l’étranger. Chaque départ retire à la fois un bras aux champs, un élève à l’école et un futur cadre au village. C’est la seule des cinq causes qui s’aggrave d’elle-même, et la seule dont chaque mois de retard est irréversible.

Ce que nous avons appris aujourd’hui

Quatre problématiques qui manquaient à nos dossiers

En préparant ce recensement, nous avons cherché ce dont nous n’avions jamais parlé. Quatre sujets sont ressortis, dont deux sérieux.

Le départ des enfants vers les sites aurifères

C’est la découverte la plus grave, et elle nous concerne directement : les localités citées incluent Mouroumgoulaye, Beboro, Goundi et Péni — Péni est une sous-préfecture du Mandoul Occidental, que la presse locale et les habitants désignent aussi comme un canton. Une association nationale, l’ARED, accompagne à ce jour 55 enfants dans son centre de Koumra, dont quinze filles, et leur propose une remise à niveau scolaire puis une formation en couture, mécanique, menuiserie, électricité et transformation des produits locaux. Les causes relevées par les sources sont la pauvreté des familles, l’abandon scolaire et la méconnaissance de ce qui attend réellement les enfants sur place. Un réseau associatif de la province mène depuis des années des campagnes de sensibilisation dans les sous-préfectures.

Trois observations pour nous. D’abord, les métiers enseignés par l’ARED sont exactement ceux de notre dossier de formation professionnelle — ce n’est pas une coïncidence, c’est la même réponse au même problème. Ensuite, la sensibilisation seule ne tient pas : tant que rester au village ne rapporte rien, partir reste rationnel. Enfin, nous ne publierons jamais le nom ni l’histoire d’un enfant concerné, et nous appliquons ici les quatre règles d’écriture de notre page Personnes vulnérables.

Le foncier, avant que Bédjondo ne grandisse davantage

Nous n’avons pas de données sur Bédjondo, mais nous en avons sur Sarh, à cent kilomètres, dans le même cadre juridique et coutumier. Une étude de 2025 y établit que la terre s’acquiert par héritage dans 52 % des cas, par achat dans 39 %, par don dans 9 % ; que les causes de conflits sont d’abord la vente d’un même terrain à plusieurs personnes (39 %), puis le dualisme entre droit coutumier et droit moderne (26 %) et le non-respect des limites (22 %) ; que les chefs traditionnels produisent et cèdent 37 % des terrains contre 16 % pour l’État ; et que les litiges fonciers représentaient 57 % des dossiers judiciaires de la ville en 2024. La population de Sarh est passée de 15 000 habitants en 1950 à 193 193 en 2023.

Bédjondo est aujourd’hui au début de cette courbe. Tout ce qui sera fait maintenant — un plan sommaire, un registre des cessions tenu par la commune, des limites de parcelles constatées par écrit devant témoins — coûte presque rien. Tout ce qui ne sera pas fait maintenant se paiera en procès dans vingt ans. Ce point rejoint nos propositions sur un village devenu ville.

L’argent : 7 % d’inclusion financière, et une fenêtre qui se ferme

Au Tchad, l’accès aux services financiers concernait 7 % de la population en 2021, et la microfinance 0,2 % de la population active, soit environ 31 000 clients pour 115 établissements agréés. La population rurale représente 78 % du total et les services financiers y sont quasi inexistants. Un projet de la Banque africaine de développement, doté de 11,2 millions d’unités de compte, soutient depuis 2021 la microfinance au service de l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes dans neuf zones — et, fait notable, le Mandoul en fait partie. C’est l’un des rares programmes où nous sommes éligibles.

Il y a une urgence de calendrier : ce projet court sur cinq ans, de 2021 à 2026. Si une suite est préparée, c’est maintenant qu’il faut y figurer. Cette problématique éclaire aussi notre caisse d’entraide : dans un pays où 99,8 % des actifs n’ont pas accès au microcrédit, une caisse villageoise n’est pas un supplément d’âme, c’est le seul établissement financier accessible.

Lire et écrire, et dans quelle langue

La direction nationale de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales conduit des programmes touchant environ 140 000 apprenants par an sur l’ensemble du territoire. Une enquête pilote menée en décembre 2023 auprès de 840 personnes dans six provinces a utilisé trois langues : le français, l’arabe tchadien et le sar. Parmi les difficultés que cette direction reconnaît elle-même figure « l’identification, la codification et la transcription des langues nationales ».

Cela relie deux travaux que nous menions séparément : l’alphabétisation des adultes, et la documentation de la langue bedjond. Une langue codifiée et transcrite devient une langue dans laquelle on peut apprendre à lire ; une langue qui ne l’est pas reste une langue dans laquelle on ne fait que parler.

Notre ordre de priorité

Sept chantiers d’abord, et les critères qui les ont choisis

Trente-quatre problématiques ne se traitent pas de front. Nous avons classé selon quatre critères explicites, pour que chacun puisse contester notre ordre en connaissance de cause : l’effet de levier (ce qui débloque d’autres dossiers), le coût et l’échelon (ce qui se décide près d’ici et sans argent), l’irréversibilité (ce qui, si l’on attend, ne se rattrapera pas), et la disponibilité de la preuve (ce que nous pouvons démontrer aujourd’hui).

1. Obtenir les tableaux du recensement pour le Mandoul Occidental. Coût nul, échelon national mais porte ouverte, effet de levier maximal : c’est la clé de tous les ciblages.

2. L’acte de naissance. Une campagne avec la commune et l’état civil. La mesure la moins chère de toute la liste, et celle sans laquelle rien d’autre n’est possible pour un enfant.

3. Le départ des enfants vers les sites aurifères. C’est le seul point de cette liste où chaque mois perdu est définitivement perdu. Nous cherchons d’abord le contact de l’ARED et une permanence à Bédjondo.

4. Le foncier de Bédjondo. Un registre communal des cessions et des limites écrites. Presque gratuit aujourd’hui, très coûteux plus tard.

5. La solarisation du pompage d’eau existant, plutôt qu’un ouvrage neuf — et l’extension du réseau au-delà du village actuellement desservi. Le modèle existe déjà dans notre province, au village climato-intelligent de Bédogo 2.

6. L’ouverture effective du centre de formation professionnelle, en s’adossant au projet du corridor N’Djamena–Douala lancé en juin 2026. Bédjondo est déjà au registre national : la demande n’est pas de créer, mais d’ouvrir.

7. Un comité mixte agriculteurs–éleveurs au niveau du canton, en demandant l’extension du volet de prévention du projet PARCOURS. Décision locale, coût faible, et le code pastoral n’étant pas promulgué, c’est le seul cadre disponible.

On remarquera que cinq de ces sept chantiers ne demandent pas d’argent, mais une décision, un document ou une mise en relation. C’est délibéré : une association jeune doit d’abord gagner ce qui ne s’achète pas.

Trois refus

Ce que nous n’appellerons pas une problématique

« La culture ». On explique souvent le mariage précoce, la déscolarisation des filles ou la réticence à l’école par la coutume. Les données nationales disent autre chose : 57 % des femmes sans instruction ont été mariées avant dix-huit ans contre 21 % de celles qui ont fait des études supérieures, et 54 % des filles des ménages les plus pauvres sont concernées, avec des écarts faibles entre confessions. Ce sont l’école et le revenu qui font la différence. Attribuer à la culture ce qui relève de la pauvreté, c’est se dispenser d’agir.

« Le manque de volonté des gens ». Un jeune qui part pour un site aurifère au lieu de cultiver ne manque pas de volonté : il compare deux revenus et choisit le plus élevé. Une mère qui ne déclare pas son enfant à l’état civil n’est pas négligente : le bureau est loin, la procédure est obscure et personne ne lui a dit à quoi servait ce papier. Nos propositions supposent que les gens raisonnent juste dans les conditions qui sont les leurs.

« L’absence de moyens ». Ce n’est pas une cause, c’est une conséquence. Les moyens vont là où il y a des chiffres, un relais local et un dossier écrit. Nous en avions zéro sur trois il y a un mois ; nous en avons désormais deux. C’est précisément le travail de cette association, et c’est pourquoi ce recensement existe.

Honnêteté

Ce que nous ne savons pas

Huit lignes de notre tableau sont entièrement inconnues, et il faut les nommer : la population réelle du département, le nombre d’enfants dépourvus d’acte de naissance, le nombre d’orphelins et d’enfants sans soutien parental, l’état de l’assainissement et des déchets, la couverture du district en soins obstétricaux d’urgence, l’état des latrines et de l’hygiène menstruelle dans les établissements, l’ampleur des pertes après récolte, et les années de règne de nos propres chefs. À quoi s’ajoute un sujet entièrement absent de ce recensement, ce qui est plus grave qu’une ligne marquée inconnue : la situation des personnes en situation de handicap, sur laquelle nous n’avons rien trouvé, ni chez nous ni au niveau provincial. Nous préférons le dire que de combler le vide par une phrase de principe. Ajout du 18 septembre 2026 : ce vide a désormais une méthode de comblement, exposée sur notre plan handicap. Le chiffre, lui, manque toujours : il reste à établir. Ajout du 19 septembre 2026 : en rédigeant ce second plan, nous avons trouvé un troisième sujet dans le même cas, plus discret parce qu’il ne fait pas honte à nommer mais que personne ne suit jamais après le deuil : la situation des veuves, absente elle aussi de tout ce site jusqu’à notre plan veuves.

Nous ignorons aussi combien d’enfants sont partis de nos cantons vers les sites aurifères, et combien en sont revenus. Nous ne savons pas si un registre foncier existe déjà à la mairie. Nous ne connaissons pas l’état des forêts et des terres cultivables du département, faute de toute mesure locale. Nous n’avons pas vérifié si un établissement de microfinance est présent à Bédjondo ou dans un canton voisin. Et nous n’avons aucun chiffre sur l’alphabétisation des adultes chez nous.

Enfin, ce recensement est notre lecture, à une date donnée, avec les sources que nous avons pu atteindre. Il comporte certainement des omissions et sans doute des erreurs d’appréciation. Toute personne de Bédjondo qui constate qu’une problématique manque, ou qu’une ligne est fausse, peut nous le signaler : nous corrigerons et nous dirons ce qui a été corrigé. C’est l’engagement de notre page Redevabilité, et il s’applique d’abord à ce document.

Ce recensement est un appel à correction

Il sera mis à jour à chaque fois qu’un chiffre nous parviendra, et chaque mise à jour sera datée. Si vous détenez une donnée sur l’un des points inconnus — même approximative, même partielle, même limitée à un village — elle vaut plus que tout ce que nous pourrions déduire nous-mêmes.

Deux pages prolongent ce recensement du côté de l’action : Enquêtes de terrain transforme huit de ces inconnues en huit enquêtes réalisables, avec un carnet imprimable, et Les démarches, pas à pas indique à qui écrire pour chacune des lignes de la colonne « qui décide ».

Sources des quatre problématiques nouvelles : Tchadinfos, 12 juin 2026, et Alwihda Info, 14 décembre 2021 (départ des enfants du Mandoul vers les sites aurifères ; localités de Mouroumgoulaye, Beboro, Goundi et Péni ; 55 enfants dont quinze filles accompagnés par l’ARED à Koumra ; métiers enseignés ; campagnes du réseau des associations de la province) ; Modes d’accès à la terre et conflits fonciers, Revue internationale de géographie, 2025, pour la ville de Sarh (héritage 52 %, achat 39 %, don 9 % ; vente multiple 39 %, dualisme juridique 26 %, limites 22 %, faiblesse institutionnelle 8 % ; chefs traditionnels 37 % des cessions contre 16 % pour l’État ; 57 % des dossiers judiciaires en 2024 ; population de 15 000 habitants en 1950 à 193 193 en 2023) ; Banque africaine de développement, rapport d’évaluation du projet d’appui au développement de la microfinance en soutien à l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes (inclusion financière 7 % en 2021 pour une cible de 9 % en 2026 ; pénétration de la microfinance 0,2 % de la population active, 31 183 clients en 2019 ; 115 établissements agréés ; population rurale 78 % ; neuf zones d’intervention dont le Mandoul ; 11,2 millions d’UC, 2021–2026) ; UNESCO, Institut pour l’apprentissage tout au long de la vie, profil RAMAED du Tchad (environ 140 000 apprenants par an ; enquête pilote de décembre 2023 auprès de 840 personnes dans six provinces en français, arabe tchadien et sar ; difficultés reconnues par la DAPLAN) ; institut national de la statistique et Commission nationale de la population, communication du 22 juillet 2026 (RGPH-3 lancé le 20 juin 2026, prolongé au 21 juillet, 95,8 % des ménages dénombrés). Les autres lignes renvoient aux sources citées dans chacun de nos dossiers.

Pour aller plus loin

Un problème que nous avons oublié ?

Dites-le-nous : le diagnostic sera complété.

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