Qui nous sommes

Notre mission

ADEB LONODJI, Association de Développement et d’Entraide de Bédjondo, rassemble Bédjondo et sa diaspora et fait vivre les valeurs, l’héritage et l’histoire du peuple bedjond : peuple d’origine de Bédjondo, dans le Mandoul, selon les travaux de Djarangar Djita Issa, et composante du grand ensemble sara. Portée par ses membres, elle agit pour le développement de Bédjondo au service de tous ses habitants, sans distinction d’origine.

Une association qui se relance

ADEB LONODJI (Association de Développement et d’Entraide de Bédjondo) n’est pas un projet nouveau : les réflexions pour sa mise en place ont commencé dès 1986 autour de cadres bedjond, avant une reconnaissance officielle en 1995, un premier forum tenu à Bédjondo en 2000, puis un second forum à Bébopen en décembre 2003. Après des années de mise en veille, ses membres ont engagé en 2026 sa réactivation et sa modernisation, en concertation avec les autres initiatives communautaires existantes ; ce projet de modernisation est piloté par Bignéro Moïalbéi LE MADANG, animateur de l’association. 2026 marque ainsi les 40 ans depuis ces premières réflexions de 1986 — une coïncidence que ses membres ont choisi de faire de sa réactivation, plutôt qu’une simple date de plus.

L’ambition n’est pas de repartir de zéro ni de concurrencer les structures déjà en place, mais de capitaliser sur cet acquis pour bâtir un cadre plus inclusif, moderne et fédérateur : ADEB LONODJI. Depuis septembre 2026, l’association organise ses échanges autour de quatre pôles et dix-neuf thématiques d’action, chacune confiée à un coordonnateur qui rend compte devant l’ensemble des membres.

Ce que dit notre nom

ADEB signifie Association de Développement et d’Entraide de Bédjondo. Chacun de ces mots engage l’association, et les quatre pôles en sont la traduction concrète.

Développement

Le développement de Bédjondo et du pays bedjond est la raison d’être première de l’association : agriculture, élevage et sécurité alimentaire, entrepreneuriat et finance inclusive, environnement et ressources naturelles, eau, énergie et connectivité, désenclavement et urbanisation, jeunesse et réussite, genre et autonomisation des femmes, santé et prévention, protection sociale et inclusion. C’est tout l’objet du Pôle II — Développement humain & moyens d’existence, le plus vaste des quatre, et de la cellule Financement & ressources qui lui donne les moyens d’agir. Développer, c’est aussi encourager les cadres et les compétences bedjond, au Tchad comme dans la diaspora, à se rapprocher du terroir pour mettre leur savoir-faire au service des populations.

Entraide

L’entraide est la solidarité concrète entre les filles et fils de Bédjondo, où qu’ils vivent : accompagnement social, soutien aux familles dans les moments difficiles, aide d’urgence en cas de catastrophe ou d’épidémie, attention aux personnes en situation de handicap et aux aînés isolés. La thématique Protection sociale & inclusion en porte les premières pistes, dont une caisse d’entraide entre membres. L’entraide, c’est aussi le lien entre la diaspora et le terroir, que le Réseau d’experts & diaspora a vocation à structurer.

Bédjondo

Bédjondo est l’ancrage exclusif de l’association : chef-lieu du Mandoul Occidental, dans la province du Mandoul, et berceau du peuple bedjond dont ADEB LONODJI demeure, dans son objet, le seul cadre. Cet ancrage n’enferme pas : il donne à l’association sa légitimité pour dialoguer avec les autres associations communautaires, les institutions et les chercheurs, et c’est de lui que procède le Pôle I — Mémoire, culture & patrimoine, consacré à la mémoire, à la culture et aux savoirs bedjond.

Notre vision

Faire d’ADEB LONODJI un véritable cadre associatif de promotion des valeurs, de l’héritage et de l’histoire du peuple bedjond de Bédjondo, dans le Mandoul — une composante du grand ensemble sara, dont la sauvegarde du patrimoine, de la langue et de l’histoire est au cœur de l’objet de l’association. Ce cadre fédère les initiatives existantes du terrain bedjond plutôt que de les concurrencer, renforce la communication entre les groupes et associations qui s’en réclament, coordonne les actions de plaidoyer, de développement et de solidarité au bénéfice de tous les habitants de Bédjondo, et mobilise les compétences, l’histoire et le patrimoine du peuple bedjond au service des générations futures.

Concrètement, cela signifie que ADEB LONODJI ne se limite pas à l’animation de sa structure interne ou à la coordination de ses thématiques : le site, la base de recherche et le journal publiés ici s’adressent à quiconque s’intéresse au patrimoine bedjond de Bédjondo — chercheurs, étudiants, membres de la diaspora, curieux — avec l’ambition de devenir, avec le temps, une référence publique sur l’histoire et la culture du peuple bedjond, replacé dans le contexte plus large du peuple sara dont il fait partie.

Au-delà de cette référence publique, ADEB LONODJI vise un véritable rayonnement national : faire reconnaître l’association auprès des institutions nationales de la culture et du patrimoine, nouer des relations avec les médias tchadiens, et tisser des partenariats avec les autres associations communautaires du pays — sans jamais perdre de vue son ancrage bedjond, qui reste le socle de sa légitimité. C’est le sens des thématiques Gouvernance & plaidoyer et Réseau d’experts & diaspora du Pôle III.

Cette ambition se traduit aussi par deux engagements concrets sur le terrain de la recherche et de la mémoire. D’une part, encourager la recherche scientifique sur le peuple sara, à commencer par les Bedjond : soutenir les travaux universitaires existants, faciliter l’accès aux sources pour les chercheurs et étudiants, et nouer des liens avec les institutions académiques tchadiennes et internationales qui s’intéressent aux Sara. D’autre part, documenter la tradition et la transmission orale avant qu’elles ne se perdent : recueillir la parole des anciens, des chefs de canton et des détenteurs de savoirs pratiques — généalogies, rites, techniques — et les mettre en regard des sources écrites, sans jamais réduire l’une à l’autre. C’est le sens du programme Bedjond Digital Heritage porté par la thématique Recherche & savoirs.

ADEB LONODJI invite les chercheurs, universitaires et enseignants qui travaillent sur les Sara, les Bedjond ou leur langue à accompagner cette vision : faites-le savoir via la page Rejoindre / Contact, ou explorez d’abord la base de recherche déjà réunie sur le site.

Repères historiques

D’une association à un cadre fédérateur

1986

Premières réflexions

Des cadres bedjond engagent les premières réflexions autour de la mise en place d’un cadre associatif pour la communauté. Tarouss Doumanbé compte parmi les piliers majeurs de cette réflexion et de la création d’ADEB LONODJI.

1995

Reconnaissance officielle

ADEB LONODJI est officiellement reconnue, concrétisant près de dix ans de réflexion portée par ces cadres bedjond.

2000

Premier forum, à Bédjondo

ADEB LONODJI organise son tout premier forum communautaire à Bédjondo même.

2003

Forum de Bébopen

ADEB LONODJI organise un second grand rassemblement communautaire dans le canton de Bébopen, Mandoul Occidental.

2003–2025

Mise en veille

L’association traverse des difficultés de gestion et une période de mise en veille, pendant que d’autres initiatives communautaires voient le jour. Le décès de Tarouss Doumanbé, l’un des piliers majeurs de la réflexion et de la création d’ADEB LONODJI, a fortement affecté le bon fonctionnement de l’association.

2026

Réactivation et structuration — 40 ans après 1986

La communauté engage la réactivation d’ADEB LONODJI et se structure en pôles et thématiques d’action : trois pôles et douze thématiques le 11 septembre, portés à quatre pôles et dix-neuf thématiques dans les jours qui suivent. Le projet de modernisation est piloté par Bignéro Moïalbéi LE MADANG, animateur de l’association. Cette réactivation tombe l’année même des 40 ans des premières réflexions de 1986 : ADEB LONODJI en fait un repère plutôt qu’un hasard de calendrier.

Nos valeurs

Courage, Discipline, Héritage

I.

Courage

Affronter les défis de la communauté sans attendre qu’une solution vienne d’ailleurs ; agir en premier, avec responsabilité.

II.

Discipline

Tenir les engagements pris envers l’association, respecter l’organisation en pôles et rendre compte des actions menées.

III.

Héritage

Préserver et transmettre ce que la communauté bedjond a construit, pour que les générations futures en héritent renforcé.

Origines

Le peuple sara et les Bedjond

Les Sara forment le principal ensemble ethnolinguistique du sud du Tchad, réparti notamment dans le Mandoul, le Moyen-Chari, le Logone Oriental et le Logone Occidental. Il regroupe plusieurs composantes — Ngambaye, Mbaye, Madjingaye, Goulaye, Gor, Nar, Kaba, et les Bédjond qui nous intéressent ici. Son origine reste débattue. L’hypothèse la mieux étayée s’appuie sur la parenté des langues sara avec le groupe bongo-baguirmien des langues soudaniques centrales : elle situe les ancêtres sara dans l’espace nilotique, au Bahr el-Ghazal (actuel Soudan du Sud), d’où seraient parties des migrations progressives vers le sud du Tchad, sous l’effet de conflits politiques, de mouvements de population et de razzias esclavagistes. Une parenté ancienne avec les Kenga et les Baguirmiens est également relevée. Une tradition plus ancienne, évoquant une origine nubienne ou égyptienne, reste débattue et moins étayée par les données disponibles.

Le père Joseph Fortier, l’un des historiens de référence sur les Sar du Moyen-Chari, précise cette hypothèse par une chronologie détaillée. Sur le plan linguistique, le sara ne partage qu’environ 25 % de son vocabulaire avec le kenga-baguirmien — une séparation vieille de 600 à 800 ans — et seulement 10 à 15 % avec les langues bongo, binga, kara et yulu, plus lointaines encore. Sur le plan historique, Fortier relie ces migrations à une série de ruptures dans la vallée du Nil : l’invasion arabe de la Nubie à partir de 639, la chute du royaume de Dongola (1173–1316), la disparition du royaume d’Aloa/Soba en 1504, puis le déplacement des Dadjo du Dar-For par les Tounjour arabes en 1513. Ce choc pousse les groupes kenga-baguirmiens vers le Guéra entre 1513 et 1611, tandis que les Kara séjournent au Sennar, au sud de Khartoum, avant de rejoindre à leur tour le sud du Tchad. Cette parenté linguistique avec le monde kenga-baguirmien est à distinguer soigneusement du sultanat historique du Baguirmi, une entité politique voisine mais distincte : le détail de cette clarification, utile pour éviter toute confusion, fait l’objet d’un article dédié.

Les Bédjond constituent l’une de ces composantes sara, avec leur propre histoire, leurs lignages et leur identité culturelle. Selon la mémoire historique et les traditions orales, ils descendent des Ndjan, trois garnisons ancestrales (Nara Ndjan, Ndjan-Bédjondo et Ndjan-Béti) associées à la fondation de Bédjondo ainsi qu’au développement de Bédaya, dans ses deux rameaux Bédaya Nar et Bédaya Sar Madjingaye. Reconnus pour leur maîtrise de la métallurgie du fer et leurs réseaux d’alliances, les Ndjan sont associés à la monnaie Kul, un objet de fer forgé en trois branches terminées par des formes ovoïdes, documenté dès avant 1906 et répandu dans toute l’aire sara, du sud-ouest du Tchad jusqu’aux confins du Cameroun et de la République centrafricaine. Loin d’un usage commercial courant, le Kul servait avant tout à sceller des obligations sociales entre groupes, notamment les compensations matrimoniales, ce qui en faisait un symbole de richesse et de prestige plutôt qu’une monnaie d’échange quotidien. Le détail de cette histoire fondatrice fait l’objet d’un article dédié.

Bédjondo, aujourd’hui chef-lieu du département du Mandoul Occidental, province du Mandoul, est à ce titre considéré comme le berceau du peuple bedjond : c’est de cette garnison fondatrice, Ndjan-Bédjondo, que la communauté tire son ancrage géographique et une partie de son nom. Les travaux linguistiques disponibles corroborent ce lien : ils situent le cœur de l’aire de la langue bedjond précisément à l’est du Logone Oriental et à l’ouest du Mandoul, autour de Bédjondo, avec ses variantes bedjond (celle de Bédjondo même), bebote, yom, pen et maguer parlées dans les villages environnants. Bédaya, fondée par un rameau issu de cette même souche, en constitue le prolongement religieux et culturel ; Bédjondo reste le point d’origine auquel la communauté continue de se référer, notamment à l’occasion des grands rassemblements comme les forums de Bédjondo (2000) et de Bébopen (2003).

Une étude universitaire consacrée à l’identification des peuples sara du sud du Tchad (Gōr, Bédjond, Bébotɨ̀) fait remonter les Bédjond à un ancêtre nommé Narmbang, à qui succède une lignée de chefs (Bawdinguem, Madjihong, Tawé, Poïdé, Bignero, Noudjingar Bignéro, Asngar Gari, Noudjingar Gari, Yalta Gari) jusqu’à l’actuel chef de canton, Donath Gari. Le département du Mandoul Occidental, dont Bédjondo est le chef-lieu, y est décrit avec environ 188 200 habitants sur 1 359 km², organisé traditionnellement en quatre sous-préfectures (Bédjondo, Bébopen, Békamba, Péni) et cinq cantons, que l’enquête SIL nomme Bédjondo, Bébopen, Bédan, Nderguigui et Yomi (Péni étant une sous-préfecture et non un canton), pour 256 villages au total. Un premier inventaire, partiel et à corriger, est proposé dans notre cartographie des villages et cantons. Ce chiffre de cinq cantons retenu par l’étude ACAREF est cependant plus restreint que la connaissance communautaire transmise par les animateurs d’ADEB LONODJI, qui distinguent aujourd’hui seize cantons dans le pays bedjond : Bédjondo, Bébopen, Yomi, Nderguigui, Bedjo, Béboto, Béboungaye, Bebo, Dobiti, Bebanassa, Bekoura, Baké, Beïdo, Béti, Péni et Takapti. Les trois derniers (Béti, Péni et Takapti) sont désignés dans ce même usage communautaire comme des « cantons assimilés bedjond » : leur chef de canton n’est pas bedjond, mais leurs villages le sont très majoritairement. ADEB LONODJI ne tranche pas entre ces deux décomptes, car l’écart peut refléter une évolution du découpage administratif depuis l’étude ACAREF, ou une distinction entre cantons bedjond au sens strict et cantons assimilés que l’étude n’aurait pas isolés séparément. Elle documente les deux sources en les distinguant clairement. Cette lignée de chefs, comme les traditions orales de garnisons évoquées plus haut, reste à recouper et à approfondir : un chantier ouvert pour la thématique Mémoire & héritage. Une source indépendante vient d’ailleurs corroborer cette mémoire : dès 1968, l’historien Bernard Lanne notait qu’on retrouvait à Béboto, à Bédjondo et à Koumra « les formes de pouvoir que l’on connaît dans les royaumes sahéliens précoloniaux ».

Schéma administratif du pays bedjond, à titre illustratif — organisation par regroupements, sans coordonnées géographiques réelles. Les deux sources (étude ACAREF et connaissance communautaire) sont documentées côte à côte, sans être arbitrées.

Cette tradition d’une origine nubienne ou égyptienne n’est pas propre aux Sara : plusieurs peuples sahéliens documentent des récits comparables. Chez les Sara, elle prend parfois la forme d’une étymologie populaire (« Sara », de « Sa-Ra », « les fils de Ra »), relayée notamment par l’article Wikipédia consacré aux Sara, qui la signale lui-même comme non sourcée à ce jour ; elle est à distinguer de l’hypothèse plus prudente de Fortier, qui situe l’origine dans la région nilotique au sens large (Nubie, Dar-For, Sennar) sans revendiquer une filiation pharaonique précise. Les Peuls (Fulani), de leur côté, relaient une origine nilotique ou égyptienne comparable à travers des initiatives patrimoniales comme Planet Fulbe, qui la présentent au conditionnel, appuyée par l’archéologie et la génétique plutôt que comme un fait établi. Ce débat s’inscrit plus largement dans les travaux de l’historien sénégalais Cheikh Anta Diop sur les origines africaines de l’Égypte ancienne. Ses apports à l’histoire précoloniale africaine sont reconnus, mais ses thèses les plus fortes, une filiation directe et ininterrompue entre l’Égypte pharaonique et tel ou tel peuple subsaharien actuel, restent minoritaires en égyptologie : une étude ADN de momies égyptiennes publiée dans Nature Communications en 2017 relève par exemple une plus grande proximité génétique avec le Proche-Orient et l’Afrique du Nord qu’avec l’Afrique subsaharienne, un résultat lui-même débattu, vu les limites de conservation de l’ADN ancien en climat chaud. Côté populations tchadiennes, les études génétiques disponibles (ADN mitochondrial, peuplement du bassin du Tchad) documentent plusieurs strates de migration à l’époque holocène, dont des composantes nilo-sahariennes compatibles avec une origine orientale ancienne, mais aucune n’établit de lien spécifique avec l’Égypte pharaonique. ADEB LONODJI documente donc la tradition orale ndjan comme un élément de mémoire collective à préserver, sans trancher un débat scientifique qui dépasse le cadre de ce site : les références complètes sont réunies dans la base de recherche.

Vous descendez de cette lignée ou souhaitez la retracer ? Nos généalogies expliquent la méthode (papier et numérique) pour reconstituer un arbre familial bedjond, et nos grandes figures présentent les personnalités qui ont marqué cette histoire.

Économie du territoire

Une terre d’agriculture et d’élevage

Bédjondo et l’ensemble du Mandoul Occidental sont, avant tout, une terre d’agriculture et d’élevage. La vie économique des villages y repose sur les cultures vivrières (mil, sorgho, arachide, sésame, maïs, manioc) ainsi que sur l’élevage bovin, caprin, ovin et avicole, deux activités intimement liées au rythme des saisons et à l’organisation traditionnelle des cantons. C’est ce socle agro-pastoral que la thématique Agriculture, élevage & sécurité alimentaire d’ADEB LONODJI entend soutenir et moderniser : coopératives, filières locales, techniques de production améliorées, diversification vers la pisciculture, accès au marché. Tout cela sans perdre de vue qu’il reste, aujourd’hui encore, le premier moyen de subsistance de la communauté.

Mémoire du peuple sara

Une histoire aussi faite d’épreuves

Les Sara représentent aujourd’hui environ 30 % de la population du Tchad, principalement répartis dans le Logone Occidental, le Logone Oriental, le Moyen-Chari et le Tandjilé Est, avec une présence en République centrafricaine et au nord du Cameroun. Le peuple bedjond, ancré dans le Mandoul Occidental et, côté Logone Oriental, dans les départements de Kouh-Est, de Kouh-Ouest et de La Nya Pendé, s’inscrit dans cet ensemble plus large.

Plus tôt encore, la région garde la mémoire de plusieurs épisodes de résistance à la pénétration coloniale, tout près de Bédjondo. Le 16 mai 1903, après le pillage du village de Péni — aujourd’hui l’une des quatre sous-préfectures du département — une offensive de plusieurs milliers d’esclavagistes peuls se heurte à la résistance de Koumra : les Sara repoussent l’attaque et, selon l’historien Mario Azevedo, en tuent environ 200. Une étude plus récente de l’Université de Doba corrobore cet épisode de manière indépendante : elle rapporte que la mission coloniale française de Faure a alors rencontré, autour de Koumra, une foule de cavaliers de Bédjondo et de ses alentours mobilisés pour se défendre. La résistance sara organisée s’éteint avec la mort du chef Mode en 1905. Entre 1908 et 1912, une première révolte secoue le Mandoul après une attaque contre des tirailleurs, suivie d’une répression sévère. En 1927–1928, des chefs de village sara jugés complices du recrutement forcé pour le chemin de fer Congo-Océan sont tués par des opposants à l’enrôlement obligatoire — un épisode qui débouche, en 1928–1929, sur la répression connue comme la « guerre de Bouna » : entre 120 et 150 tirailleurs envoyés à Bébalem y mènent une répression très violente, avec officiellement 481 morts (probablement plus près de 600 selon certains historiens) et environ 25 000 personnes déportées ; le village de Bouna est réduit en cendres.

La mémoire bedjond porte aussi le souvenir d’épreuves partagées avec l’ensemble des Sara. Entre 1921 et 1934, des dizaines de milliers d’hommes de la région du Chari — dont environ 15 000 recrutés dans le seul Moyen-Chari — furent envoyés construire le chemin de fer Congo-Océan, au prix d’un trajet de plus de 1 500 km jusqu’à Pointe-Noire et de pertes humaines importantes en cours de route. Une gare de cette ligne, au kilomètre 100 depuis Pointe-Noire, porte encore aujourd’hui le nom « Les Saras » en mémoire de ces travailleurs. Quelques années plus tard, en 1940, des tirailleurs sara comptèrent parmi les troupes qui rallièrent la France libre du général de Gaulle.

Documenter cette mémoire — heureuse comme douloureuse — fait partie des missions de la thématique Mémoire & héritage d’ADEB LONODJI, aux côtés de l’histoire propre aux cantons et grandes figures bedjond.

Héritage linguistique

La langue et la culture bedjond

Le peuple bedjond, peuple d’origine de Bédjondo selon les travaux de Djarangar Djita Issa et également désigné ailleurs par le terme nangnda, est la composante du grand ensemble sara dont ADEB LONODJI garde le patrimoine : c’est de lui que le mouvement est né. Sa langue, une langue sara de la famille nilo-saharienne, est parlée dans le Mandoul Occidental et l’est du Logone Oriental, autour de Bédjondo, sous plusieurs variantes : bedjond (celle de Bédjondo même), bebote, yom, pen et maguer. Le pays bedjond s’étend du Mandoul Occidental jusqu’à environ un kilomètre de Nya Pende, et regroupe notamment les villages de Bédjondo, Bébopen, Béti, Béboto, Bedjo, Yomi et Maguer. L’association va plus loin que cette limite : dans le département de La Nya Pendé (chef-lieu Goré, Logone Oriental), la sous-préfecture de Yamodo abrite elle aussi des populations d’origine bedjond, une présence qu’aucune source publique ne documente à ce jour et qu’il reste à relever village par village.

Cette langue et cette histoire sont aujourd’hui documentées par des travaux de référence — notamment ceux de Djarangar Djita Issa sur le parler de Bédjondo, de Bé-Rammaj Miaro-II sur l’histoire des Sara du Tchad, ou le Lexique Nangnda de Roger Dinguemrebeye et John M. Keegan. Elles sont aussi portées par des initiatives associatives comme Kokotan, présidée par Benayal Ndoloum Yassa : l’association a tenu sa 10e assemblée générale à Bédjondo en avril 2023, sous l’égide de la préfecture du Mandoul Occidental, et réunit régulièrement les locuteurs bedjond pour en assurer la transmission aux jeunes générations. La thématique Culture & patrimoine vivant d’ADEB LONODJI s’inscrit dans cette même démarche : faire vivre la langue, les traditions et la mémoire de la communauté, aux côtés de la thématique Mémoire & héritage, qui documente les origines, l’histoire des cantons et les grandes figures bedjond.

Les mêmes travaux universitaires sur les peuples du Kouh-Ouest et du Mandoul Occidental, dont la variante bébot (bebote), documentent des pratiques culturelles partagées à travers l’aire bedjond : rites d’initiation (ndòò-ȷòò, bə̀l gàw-káre), danses traditionnelles (lá-kɨ́-mḛ̄ḛ̄-tɨ́, lá-dùm, lá-māw) et outils comme le couteau de jet (mi ̀ɲə̰̄ bɔ̀t) et la sagaie — des éléments que la thématique Culture & patrimoine vivant se propose de documenter plus finement, village par village.

Au-delà de ces rites propres au Kouh-Ouest, la communauté bedjond s’inscrit aussi dans le Yondo, le grand rite initiatique masculin partagé par l’ensemble des Sara du sud du Tchad : une formation traditionnelle à la vie d’homme, fondée sur la transmission de valeurs — justice, solidarité, respect des anciens, obéissance aux lois traditionnelles — à travers des rituels de purification, des bénédictions et un enseignement moral et technique. Sa durée, autrefois beaucoup plus longue, n’excède aujourd’hui plus trois mois. Le Yondo a fait l’objet d’une thèse de référence (Rosalie Kantiebo, Muséum national d’histoire naturelle, 2004) et reste, un siècle après l’arrivée du protestantisme dans le Sud tchadien, un sujet vivant de discussion entre pratiques animistes et christianisme — un terrain que la thématique Mémoire & héritage se propose de documenter avec nuance plutôt que de trancher.

La présence catholique à Bédjondo s’inscrit dans cette même histoire religieuse plurielle. Les missionnaires comboniens y implantent une mission dès 1978, un an après celle de Moïssala (1977), alors rattachées au diocèse de Sarh — le Tchad ne devenant une Délégation comboniana autonome qu’en 1989. Depuis l’érection du diocèse de Koumra par le pape François le 12 août 2023 (17 330 km², environ 900 000 habitants dont 124 083 catholiques, premier évêque Mgr Samuel Mbairabé Tibingar), Bédjondo — aux côtés de Bédaya, Moïssala, Goundi et Koumra — figure parmi les centres diocésains actifs, notamment pour l’organisation des examens scolaires. Cette histoire missionnaire reste, comme le reste, un chantier à documenter plus finement pour la thématique Mémoire & héritage.

Méthodologie de travail

Comment l’association est organisée

L’animation générale de l’association est assurée par son animateur, appuyé par un bureau exécutif : Adoumbé Maoura, président, Célestine Moyombaye, vice-présidente, Salomon Ngarbaye, secrétaire général, et Élisabeth Neloumngaye Ndodinguem, trésorière. Chacune des dix-neuf thématiques fonctionne ensuite de manière autonome au quotidien, appuyée par deux cellules transversales — Financement & ressources, Communication & numérique. Cette organisation est présentée en détail sur la page Pôles d’action. Concrètement, chaque thématique avance en quatre étapes :

01

Candidature

Tout membre de l’association peut candidater pour animer une thématique, par le formulaire de contact.

02

Plan d’action

Le coordonnateur retenu réunit les membres intéressés et propose un plan d’action simple à la thématique.

03

Mise en œuvre

La thématique agit de manière autonome au quotidien, avec l’appui des cellules transversales si besoin.

04

Compte-rendu

Le coordonnateur rend compte de l’avancement lors des assemblées de l’association, devant l’ensemble des membres.

Organisation annoncée

Un siège national à N’Djamena, un siège des opérations à Bédjondo

L’animateur a annoncé une organisation à deux sièges, distincte de tout projet en particulier : un siège national à N’Djamena, tourné vers les relations institutionnelles, les partenaires nationaux et internationaux et la diaspora ; et un siège des opérations à Bédjondo, où se décide et se mène le travail de terrain. C’est la même logique que notre ancrage : la capitale pour représenter, Bédjondo pour agir.

Ce que nous ne savons pas encore. L’adresse exacte de chacun des deux sièges, leur date d’ouverture, et le partage précis des responsabilités entre eux ne sont pas encore fixés publiquement. Nous les publierons dès qu’ils le seront, ici et sur notre page Contact.

Ce qu’ADEB LONODJI s’engage à faire. Préciser par écrit, avant qu’un désaccord ne nous y oblige, ce que chaque siège décide seul et ce qui se décide à deux : le siège national ne tranche pas à la place du siège des opérations sur ce qui se passe à Bédjondo, et l’inverse non plus.

Résultats attendus

Ce que nous visons

La réactivation d’ADEB LONODJI engagée en 2026 se fixe des objectifs concrets, à court et moyen terme :

  • D’ici fin 2026 — pourvoir les treize thématiques encore sans coordonnateur et lancer les premiers travaux du programme Bedjond Digital Heritage : numérisation des archives et dictionnaire numérique bedjond.
  • À moyen terme — consolider un cadre de concertation stable avec ADEB LONODJI et les autres initiatives communautaires existantes, sans les remplacer ni les concurrencer.
  • Élargir la communauté active — faire grandir la base de membres mobilisés au-delà de l’estimation actuelle de 300+ personnes réunies autour de l’association.
  • Documenter la mémoire collective — rendre accessibles les origines, l’histoire des cantons et les grandes figures bedjond, notamment via la base de recherche portée par la thématique Recherche & savoirs.
  • Protéger le territoire — sécuriser le foncier, préserver les ressources naturelles et accompagner une urbanisation de Bédjondo plus durable, à travers la thématique Environnement & ressources naturelles.

Une thématique vous parle ?

Treize des dix-neuf thématiques d’ADEB LONODJI n’ont pas encore de coordonnateur. Portez-vous volontaire ou proposez votre contribution.