Gouvernance & plaidoyer

Décentralisation & développement local

Depuis les élections communales de décembre 2024, l’essentiel de ce que Bédjondo attend ne se décide plus seulement à N’Djamena. Cette page expose le cadre tel qu’il est, l’écart entre les textes et les moyens, et la méthode que nous nous appliquons.

Pourquoi cette page

La décentralisation est notre meilleur levier

Depuis la Constitution de la Cinquième République, le Tchad se définit comme un État unitaire décentralisé, et la loi organique du 30 juillet 2024 — adoptée par 174 voix contre zéro — fixe le statut, l’organisation et les compétences des collectivités autonomes, en distinguant ce qui leur appartient en propre de ce qu’elles partagent avec l’État. Le 29 décembre 2024, pour la première fois à cette échelle, les Tchadiens ont élu le même jour leurs députés, leurs conseillers provinciaux et leurs conseillers communaux ; les exécutifs ont été installés le 26 février 2025.

Ce changement est décisif pour une association comme la nôtre, et il faut le dire simplement : l’essentiel de ce que Bédjondo attend ne se décide plus seulement à N’Djamena. L’eau, l’assainissement, le marché, la voirie, l’urbanisme, l’appui aux écoles et aux centres de santé relèvent désormais, en tout ou en partie, d’un conseil élu que les habitants connaissent et peuvent rencontrer. ADEB LONODJI n’est pas un parti et ne présente pas de candidats. Mais une association qui documente, qui chiffre et qui propose est exactement ce dont une collectivité neuve a besoin ; et un conseil communal qui délibère en public est exactement l’interlocuteur qui nous manquait.

Cette page expose le cadre tel qu’il existe, l’écart entre les textes et la pratique, et la manière dont nous entendons nous en servir. Elle ne prend pas parti pour des personnes : elle prend parti pour des règles.

Le cadre

Trois niveaux, quatre cent vingt communes

L’organisation territoriale tchadienne compte vingt-trois provinces, cent quinze départements et quatre cent vingt communes, soit près de cinq cent soixante collectivités. Le nombre de communes est passé de trois cent soixante-dix-sept à quatre cent vingt par la loi du 6 octobre 2021. Les provinces et les communes sont les deux niveaux dotés de la libre administration : elles s’administrent par des assemblées élues qui règlent, par délibération, les affaires qui leur sont dévolues.

Ce qu’est la commune de Bédjondo

Une collectivité autonome, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie de gestion. Les communes sont urbaines lorsqu’elles correspondent à un chef-lieu de province ou de département, rurales lorsqu’elles correspondent à une sous-préfecture. Bédjondo étant chef-lieu du Mandoul Occidental, elle relève de la catégorie urbaine.

Comment fonctionne son conseil

Dix-huit conseillers élus au suffrage universel pour six ans, renouvelables une fois. Deux sessions ordinaires par an, de quinze jours, prolongeables de cinq ; la session budgétaire peut aller jusqu’à trente jours. Le quorum exige la présence physique de la majorité des membres et les procurations sont interdites. Les fonctions ne sont pas rémunérées : les conseillers perçoivent des indemnités de session et de déplacement.

Treize domaines sont partagés entre l’État et les collectivités : éducation, santé, culture, agriculture, environnement, urbanisme, développement économique, commerce, transports, sécurité, eau, électricité et assainissement. Autrement dit, chacun des huit plaidoyers que nous portons touche à un domaine désormais partagé avec la commune — et c’est pourquoi chacun d’eux comporte une section adressée à la commune de Bédjondo.

Le point dur

Des compétences transférées, des moyens qui suivent mal

Il faut regarder les chiffres, parce qu’ils expliquent l’essentiel des déceptions. Les dépenses des collectivités tchadiennes représentaient 2,1 % des recettes publiques en 2020 — une progression réelle, puisqu’on partait de 0,4 % en 2013, mais qui reste très faible — soit environ sept dollars par habitant et par an, consacrés pour 62 % à la santé et 38 % à l’éducation. Les dotations de l’État aux collectivités s’élevaient à 3,3 milliards de FCFA en 2021 : réparti entre quatre cent vingt communes, cela fait une moyenne de l’ordre de huit millions de FCFA par commune et par an. Et avant les élections de décembre 2024, seules quarante-deux communes, celles qui disposaient d’un conseil élu, collectaient directement les impôts locaux.

Le diagnostic n’est pas le nôtre : il est public et il vient du sommet de l’État. Lors du séminaire national « La décentralisation à l’ère de la 5e République », du 21 au 25 juillet 2025, le chef de l’État demandait « que les représentants de l’État s’abstiennent de toute ingérence dans la gestion des collectivités, et que les élus locaux ne perçoivent pas les délégués du gouvernement comme des adversaires ». En mai 2026, devant l’École nationale d’administration, l’ancien Premier ministre Albert Pahimi Padacké résumait les freins : « retards dans le transfert réel des ressources financières et humaines, insuffisance des capacités techniques et administratives des conseils provinciaux, problèmes de gouvernance locale », et appelait au « respect strict du principe de subsidiarité pour une décentralisation réelle et non fictive ».

Une commune qui reçoit huit millions de FCFA et à qui l’on confie l’eau, la voirie et l’assainissement ne peut pas tenir. De là découlent les deux conclusions qui structurent notre action : il faut que les ressources propres de la commune soient réellement collectées et publiquement rendues, et il faut que les programmes nationaux et les bailleurs nomment Bédjondo dans leurs cibles. C’est précisément l’objet de nos plaidoyers.

Notre doctrine

Ce que le développement local veut dire, pour nous

Le développement local n’est pas une somme de projets. C’est une méthode, et nous la résumons en six règles que nous nous appliquons à nous-mêmes avant de les demander à quiconque.

1. Rien sans données

On ne décide pas sans compter. Nous ne publions aucun chiffre sans sa source, nous écrivons ce que nous ne savons pas, et nous produisons nous-mêmes les inventaires qui manquent : points d’eau, ateliers d’artisans, besoins par quartier.

2. La subsidiarité

Ce qui peut être décidé à Bédjondo doit l’être à Bédjondo. Nous n’écrivons à N’Djamena que pour ce que la commune ne peut pas faire seule — et nous le disons dans chaque plaidoyer, en séparant les demandes par destinataire.

3. La contrepartie

Nous ne demandons jamais sans nous engager. Chaque plaidoyer comporte une section « ce qu’ADEB LONODJI s’engage à faire », financée par ses membres et sa diaspora. Une association qui ne met rien n’obtient rien.

4. La trace publique

Dates d’envoi, réponses reçues, engagements obtenus : tout est inscrit sur le site, y compris les silences. Un dossier que chacun peut suivre est plus difficile à enterrer qu’un courrier sans trace.

5. L’entretien avant l’inauguration

Un forage sans réparateur, un lampadaire sans budget de batteries, une salle sans menuisier : nous demandons systématiquement qui entretient, avec quel argent, formé par qui. C’est pourquoi la formation professionnelle est devenue l’un de nos dossiers centraux.

6. Ni parti, ni substitut

Nous ne présentons pas de candidats et nous ne remplaçons pas la commune. Une association qui se substitue aux élus affaiblit l’institution qu’elle prétend aider ; notre rôle est de documenter, de proposer et de rendre compte.

Ce que nous demandons

Quatre règles simples, et rien d’extraordinaire

Nos demandes en matière de gouvernance locale tiennent en quatre points, déjà adressés au conseil communal dans notre note à la commune de Bédjondo. Aucun ne coûte d’argent ; tous exigent une décision.

Un plan de développement communal public et opposable. Une commune sans plan arbitre au coup par coup. Un plan écrit, débattu en session et affiché à la mairie permet à tout le monde — habitants, association, bailleurs — de savoir ce qui est prévu, dans quel ordre, et de le rappeler.

Des ressources propres collectées et rendues. Droits de marché, patentes, taxes foncières : publier ce qui est collecté et ce que cela finance. C’est la condition pour que le contribuable local accepte de payer, et la meilleure réponse à ceux qui doutent de l’utilité de la commune.

Des sessions annoncées et ouvertes. Le conseil se réunit deux fois par an en session ordinaire. Que les dates soient annoncées à l’avance, que l’ordre du jour soit affiché et que les délibérations soient consultables : la loi organise déjà ces sessions, il ne manque que la publicité.

Des conventions écrites avec les associations. Quand ADEB LONODJI cofinance un lampadaire solaire ou des tables-bancs, il faut une convention qui dise qui possède, qui entretient et avec quel budget. Sans cela, l’ouvrage appartient à personne, et personne ne le répare.

Vous êtes conseiller communal ou provincial ?

ADEB LONODJI met ses travaux à votre disposition sans condition : les huit dossiers de plaidoyer et leurs sources, la carte participative des besoins, les inventaires que nous réalisons. Nous ne demandons ni budget ni mandat — seulement un interlocuteur et la publicité des décisions. Nous répondons sous 48 heures ouvrées, et nos engagements sont écrits sur la page Redevabilité.

Sources : loi organique fixant le statut des collectivités autonomes, adoptée le 30 juillet 2024 en application de l’article 272 de la Constitution ; loi 006/PCMT/2021 du 6 octobre 2021 (passage de 377 à 420 communes) ; loi organique 002/PR/2000 (statut des collectivités) et loi 011/PR/2004 (régime financier et fiscal) ; Observatoire mondial des finances et de l’investissement des collectivités territoriales (OCDE/CGLU), fiche Tchad : 23 provinces, 115 départements, 420 communes, dépenses infranationales à 2,1 % des recettes publiques en 2020 contre 0,4 % en 2013, 7 dollars PPA par habitant, dotations de l’État de 3,3 milliards de FCFA en 2021, 42 communes élues collectant l’impôt local ; Tchadinfos, 24 décembre 2024 (fonctionnement des communes : catégories, 18 conseillers, mandat de six ans, sessions, quorum) ; APA, séminaire national « La décentralisation à l’ère de la 5e République », 21–25 juillet 2025, et installation des exécutifs des collectivités autonomes le 26 février 2025 ; Tchadinfos, 30 mai 2026 (conférence-débat à l’ENA, propos d’Albert Pahimi Padacké). Ce dossier relève des thématiques Gouvernance & plaidoyer et Désenclavement & urbanisation.

Pour aller plus loin

Élu, agent communal ou candidat ?

La future commune se prépare dès maintenant : parlons-en.

Nous écrire