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Objet : plaidoyer pour des soins de qualité à Bédjondo et dans le Mandoul Occidental
Destinataires : Ministère de la Santé publique et de la Prévention ; Délégation sanitaire provinciale du Mandoul ; district sanitaire dont relève Bédjondo ; hôpital provincial de Koumra ; partenaires de la santé au Mandoul (OMS, UNICEF, coopération suisse, réseau des mutuelles de santé) ; commune de Bédjondo
Copie : Monsieur le Maire et le conseil communal de Bédjondo ; Monsieur le Préfet du Mandoul Occidental ; les élus provinciaux et nationaux du Mandoul
Date : 17 septembre 2026

Mesdames et Messieurs,

À Bédjondo, chef-lieu du département du Mandoul Occidental, se soigner correctement veut trop souvent dire partir : vers Koumra, l’hôpital provincial, à des dizaines de kilomètres de piste, ou vers plus loin encore. Le centre de santé de la ville fait ce qu’il peut, sans électricité stable, sans eau courante, avec peu de personnel qualifié et un plateau technique qui ne correspond ni à la taille de la ville (plus de 11 000 habitants au dernier recensement publié, très probablement plus de 15 000 aujourd’hui) ni à son rang de chef-lieu de département. ADEB LONODJI, Association de Développement et d’Entraide de Bédjondo, qui rassemble Bédjondo et sa diaspora au service de tous ses habitants, porte par la présente un plaidoyer simple : on doit pouvoir accoucher, être opéré d’une urgence et faire un examen de base à Bédjondo. Nous exposons le constat, ce que des soins de qualité rendraient possible, ce que nous demandons, et ce que nous nous engageons à faire.

1. Le constat

Le Tchad porte l’un des plus lourds fardeaux de mortalité maternelle au monde : 1 063 décès pour 100 000 naissances vivantes selon les estimations des agences des Nations unies pour 2020, soit près d’une femme sur cent qui meurt en donnant la vie et environ vingt-quatre décès maternels par jour, rappelés par le ministère de la Santé publique en septembre 2024 ; la mortalité néonatale reste autour de 34 pour 1 000 naissances, contre un objectif de 12 en 2030. Dans notre département, le centre de santé voisin de Békamba, fondé en 1981 par la communauté avec l’appui de missionnaires, vient seulement d’être érigé en district sanitaire en 2026 et doit encore, en l’absence de son médecin-chef, référer les cas graves à l’hôpital provincial de Koumra. À Bédjondo même, ce que rapportent nos membres et les habitants tient en quelques phrases : une maternité qui accouche à la lampe, pas de réfrigérateur fiable pour les vaccins, pas de laboratoire, pas d’ambulance, des ruptures de médicaments, et une évacuation vers Koumra qui dépend d’une moto ou d’un véhicule de fortune sur une piste coupée en saison des pluies. Nous ne disposons d’aucune donnée publique sur le personnel, les équipements et l’activité du centre de santé de Bédjondo : c’est notre première demande.

2. Ce qui rend le plaidoyer réaliste aujourd’hui

Le pays a fait de la santé maternelle et infantile une priorité affichée et s’est doté, en 2024, d’une plateforme de coordination sur la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant. Dans le Mandoul, des dispositifs existent déjà : la coopération suisse a soutenu de 2009 à 2019 les mutuelles de santé du Mandoul et du Moyen-Chari, qui comptaient 55 000 adhérents en 2017 ; le district de Békamba, tout proche, vient d’être renforcé ; l’hôpital provincial de Koumra est la référence. L’énergie solaire permet aujourd’hui d’éclairer une maternité et de faire fonctionner un réfrigérateur à vaccins sans réseau. Autrement dit : les cadres et les partenaires existent ; il manque une décision de doter Bédjondo d’un plateau technique à la hauteur de son rang.

3. Ce que des soins de qualité rendraient possible

Une maternité qui fonctionne jour et nuit, avec une sage-femme qualifiée, de la lumière, de l’eau et de quoi prendre en charge une hémorragie, c’est des mères et des nouveau-nés qui survivent. Un laboratoire de base, c’est le paludisme, la typhoïde et la tuberculose diagnostiqués sur place. Une chaîne du froid fiable, c’est une vaccination complète des enfants. Une ambulance et un protocole d’évacuation vers Koumra, c’est l’urgence chirurgicale qui arrive à temps. Une mutuelle de santé, c’est une famille qui n’a pas à choisir entre soigner et manger. Pour la ville, c’est aussi des agents de santé qui acceptent d’y rester, une population qui n’a plus à s’exiler pour se soigner, et la crédibilité d’un chef-lieu.

4. Ce que nous demandons

Au ministère et à la délégation sanitaire provinciale :

  • publier l’état des lieux du centre de santé de Bédjondo (personnel, équipements, activité, ruptures)
  • affecter une sage-femme diplômée et un infirmier supplémentaire
  • doter le centre d’un laboratoire de base, d’une chaîne du froid solaire et d’un kit de prise en charge des urgences obstétricales
  • étudier l’érection du centre de santé de Bédjondo au rang correspondant à un chef-lieu de département, avec un médecin

Au district sanitaire et à l’hôpital de Koumra : mettre en place une ambulance ou, à défaut, un système de moto-ambulance et un protocole de référence-évacuation formalisé entre Bédjondo et Koumra, avec un numéro d’appel connu de tous.

Aux partenaires : inclure Bédjondo dans les programmes de santé maternelle et infantile et de vaccination ; appuyer la relance d’une mutuelle de santé dans le Mandoul Occidental, sur l’expérience acquise dans la province.

À la commune : garantir l’eau, l’électricité solaire et l’assainissement du centre de santé dans son plan de développement ; organiser avec les chefs de quartier un relais communautaire (agents de santé communautaires, transport d’urgence).

5. Ce qu’ADEB LONODJI s’engage à faire

ADEB LONODJI s’engage :

  • à équiper en solaire la maternité du centre de santé de Bédjondo (éclairage, réfrigérateur à vaccins) avec sa diaspora et en accord avec les autorités sanitaires, comme premier chantier de santé
  • à mobiliser les médecins, sages-femmes et infirmiers bedjond de la diaspora et de N’Djamena pour des missions d’appui et de formation
  • à contribuer à l’équipement d’un moyen d’évacuation
  • à appuyer la relance d’une mutuelle de santé avec les acteurs qui en ont l’expérience
  • à rendre compte publiquement des réponses reçues au présent plaidoyer

Ce que nous ne savons pas, et ce que nous demandons pour cela

Nous n’avons trouvé aucune donnée publique à l’échelle de Bédjondo sur le centre de santé, son personnel, ses équipements et son activité, ni sur les projets éventuellement programmés pour le Mandoul Occidental. Nous demandons respectueusement aux destinataires de bien vouloir nous communiquer ces informations, de désigner un interlocuteur, et de nous indiquer par quelle première mesure ils entendent commencer. ADEB LONODJI se tient à leur disposition.

Pour ADEB LONODJI,
l’animateur de l’association, Bignéro Moïalbéi LE MADANG,
avec le bureau exécutif : Adoumbé Maoura, président ; Salomon Ngarbaye, secrétaire général.

Sources : Alwihda Info, 10 septembre 2024 (ministère de la Santé publique : 1 063 décès maternels pour 100 000 naissances, estimations 2020) ; OMS Afrique, 21 septembre 2021 (mortalité néonatale, cibles 2030) ; Tchadinfos, 21 juin 2026 (district sanitaire de Békamba) ; Bureau de la coopération suisse au Tchad, fiches de projets (mutuelles de santé du Mandoul et du Moyen-Chari). La situation locale décrite est celle rapportée par les membres et habitants. Ce plaidoyer s’inscrit dans les thématiques Santé & prévention et Genre & autonomisation des femmes. Tous nos plaidoyers et leur suivi : Nos plaidoyers. Également disponible sur la page Documents.

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