Parmi les partenaires internationaux présents dans le sud du Tchad, la Suisse occupe une place particulière : présente au Tchad depuis 1964, elle se présente comme le deuxième bailleur bilatéral du pays pour la coopération au développement, avec un budget d’environ 24 millions de francs suisses par an (27,4 millions en 2023). Et le Mandoul figure explicitement parmi ses zones d’intervention, aux côtés du Moyen-Chari et du Logone Oriental au sud, et de l’Ennedi, du Wadi Fira et du Batha au nord et à l’est. Cet article fait le point sur ce que cette coopération apporte concrètement à notre province — et sur ce que nous n’avons pas trouvé.

Trois priorités, dont deux nous concernent directement

Le programme de coopération suisse au Tchad 2023–2026 s’organise autour de trois axes : gouvernance et paix ; services sociaux de base (éducation et santé) ; sécurité alimentaire et marchés inclusifs dans le secteur agro-sylvo-pastoral, avec l’égalité entre femmes et hommes et l’adaptation au climat comme thèmes transversaux. Les deux derniers axes recoupent exactement les thématiques du Pôle II — Développement humain & moyens d’existence d’ADEB LONODJI.

Éducation : le ProQEB, présent au Mandoul depuis 2018

Le Programme de qualité de l’éducation de base (ProQEB), financé par la coopération suisse et mis en œuvre avec l’ONG Enfants du Monde et le ministère de l’Éducation nationale, intervient dans la province du Mandoul depuis 2018. Sa troisième phase a permis, sur ses provinces d’intervention (Batha, Mandoul, Moyen-Chari, Wadi Fira), la construction de 50 salles de classe — dont 30 au Mandoul , la dotation de 2 441 écoles en matériel didactique, la formation continue de 7 649 enseignants et de 2 384 directeurs d’école, et l’ouverture de 83 centres d’alphabétisation pour les filles. Le 28 octobre 2025, à Koumra, le programme a distingué des enseignants et directeurs d’école du Mandoul avant la fin de sa phase en cours, le 31 décembre 2025 : « le ProQEB s’en va, mais le ministère compte sur vous », a résumé son coordonnateur. La question de la relève de ces acquis dans les écoles de Bédjondo est ouverte — elle concerne la thématique Jeunesse & réussite.

Santé : les mutuelles du Sud

Entre 2009 et 2019, la coopération suisse a soutenu, avec le ministère de la Santé publique, la promotion des mutuelles de santé au Mandoul et au Moyen-Chari, pour « améliorer l’accessibilité financière des populations des secteurs informels et ruraux aux soins ». En 2017, ces mutuelles comptaient 55 000 adhérents, dont la moitié de femmes. Savoir si une mutuelle fonctionne encore à Bédjondo ou dans les cantons voisins, et dans quel état, est une question précise que la thématique Santé & prévention peut poser aux acteurs locaux.

Agriculture : arachide, sésame, karité

C’est le volet le plus directement lié à l’économie des villages bedjond. Le programme SODEFIKA (2014–2026, 8,18 millions de francs) a appuyé les filières arachide et karité au Mandoul et au Moyen-Chari : d’après le bilan suisse, il a permis d’organiser 450 000 producteurs, dont 234 000 femmes, et de faire passer le revenu familial moyen de 300 000 à 609 000 FCFA en 2016. Il est relayé depuis décembre 2023 par un projet confié à Caritas Suisse, « Soutien au développement des filières arachide, sésame et karité » (2023–2027, 9,37 millions de francs, 120 000 bénéficiaires visés au Moyen-Chari, au Mandoul et au Logone Oriental), qui fournit semences de qualité, formation, infrastructures de stockage et de vente et information sur les marchés. Caritas Suisse porte aussi, avec des cofinancements français et européens, le programme NexSud (2023–2028, 22,7 millions de francs) sur la résilience, la gestion des ressources naturelles et les opportunités économiques dans les mêmes trois provinces, avec des champs-écoles, des pépinières cantonales et des forages solaires.

Ces programmes parlent exactement des sujets que porte la thématique Agriculture, élevage & sécurité alimentaire : coopératives, stockage post-récolte, valorisation des produits locaux. Le label des produits de Bédjondo qu’elle envisage trouverait là des interlocuteurs naturels.

Ce que nous n’avons pas trouvé

Par honnêteté : aucune des sources publiques consultées ne cite Bédjondo, le Mandoul Occidental ou ses cantons nommément. Les documents suisses raisonnent à l’échelle des provinces ; les réalisations précises — quelles écoles, quels forages, quels groupements de producteurs, quelle mutuelle — ne sont connues que des délégations provinciales, des ONG de mise en œuvre et des bénéficiaires eux-mêmes. C’est précisément l’information qu’ADEB LONODJI peut rassembler : si vous êtes enseignant, agent de santé, membre d’un groupement ou d’une mutuelle à Bédjondo et que vous avez travaillé avec l’un de ces programmes, dites-le-nous.

Et pour ADEB LONODJI ?

Un bailleur qui inscrit le Mandoul dans ses priorités, qui finance l’éducation, la santé et les filières agricoles, et qui travaille avec des ONG et des structures étatiques, est un interlocuteur à connaître. Ce n’est pas à une association communautaire de se substituer aux projets ; c’est à elle de faire remonter les besoins réels des villages, de relier les producteurs et les écoles de Bédjondo aux dispositifs existants, et de faire entendre la voix du pays bedjond. C’est le rôle des thématiques Gouvernance & plaidoyer et Réseau d’experts & diaspora, avec l’appui de la cellule Financement & ressources.

Sources : Bureau de la coopération suisse au Tchad, Programme de coopération suisse au Tchad 2023–2026 et Fiches de projets (DFAE) ; Tchadinfos, 29 octobre 2025, et N’Djamena Hebdo sur le ProQEB ; Caritas Suisse, fiches des projets « filières arachide, sésame et karité » et NexSud. Chiffres tels que publiés par ces sources, non vérifiés sur le terrain.

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