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Objet : plaidoyer pour l’accès à l’électricité à Bédjondo et dans le Mandoul Occidental
Destinataires : Ministère en charge de l’Énergie ; Société Nationale d’Électricité (SNE) ; Cellule d’Exécution des Projets CEP-TchadElec (PAAET) ; Autorité de Régulation du Secteur de l’Énergie (ARSE) ; partenaires techniques et financiers du secteur, en premier lieu la Banque mondiale au titre de la Mission 300 ; opérateurs privés de mini-réseaux et de kits solaires
Copie : Monsieur le Maire et le conseil communal de Bédjondo ; Monsieur le Préfet du Mandoul Occidental ; les élus provinciaux et nationaux du Mandoul
Date : 16 septembre 2026
Mesdames et Messieurs,
Bédjondo, chef-lieu du département du Mandoul Occidental, ville de plus de 11 000 habitants au dernier recensement publié et très probablement de plus de 15 000 aujourd’hui, vit pour l’essentiel sans électricité. Pas de réseau public fiable, pas d’éclairage des rues, des équipements collectifs qui dépendent de groupes électrogènes coûteux ou s’arrêtent à la nuit tombée, des familles qui s’éclairent à la lampe torche et paient pour recharger un téléphone. ADEB LONODJI, Association de Développement et d’Entraide de Bédjondo, qui rassemble Bédjondo et sa diaspora au service de tous ses habitants, porte par la présente un plaidoyer simple : Bédjondo et son département doivent être inscrits, nommément et avec un calendrier, dans les programmes nationaux d’accès à l’électricité. Nous exposons le constat, ce que l’électricité rendrait possible, ce que nous demandons, et ce que nous nous engageons à faire.
1. Le constat : un chef-lieu dans le noir, dans l’un des pays les moins électrifiés du monde
Le Tchad affiche l’un des taux d’accès à l’électricité les plus bas du monde : environ 6 % de la population selon la Banque mondiale, et seulement 1 à 2 % en zone rurale, avec une production essentiellement thermique et concentrée dans la capitale et quelques villes. Bédjondo est de ce côté-là de la fracture. Ce que rapportent nos membres et les habitants tient en quelques phrases : les commerces ferment ou tournent au groupe électrogène ; le centre de santé ne peut garantir ni la chaîne du froid des vaccins ni un accouchement éclairé la nuit ; les élèves qui préparent le baccalauréat — 357 candidats dans la localité en 2025 — étudient à la lampe ; le marché s’éteint au coucher du soleil ; le pompage de l’eau dépend du carburant ; et l’internet mobile, déjà rare et cher, est aussi tributaire d’antennes sans énergie stable. Nous ne disposons d’aucune donnée officielle sur le taux d’accès de la ville, les infrastructures existantes ou les projets programmés pour le Mandoul Occidental : c’est notre première demande.
2. Ce qui rend le plaidoyer réaliste aujourd’hui
Le pays a fait de l’électricité une priorité nationale et s’est donné des moyens inédits. Le Projet d’Accroissement de l’Accès à l’Énergie au Tchad (PAAET), financé par la Banque mondiale à hauteur d’environ 295 millions de dollars, vise à porter l’accès de 6 % à 30 % d’ici 2027, soit près d’un million de ménages raccordés ; il comprend l’électrification de douze villes secondaires, parmi lesquelles Koumra, la capitale de notre province, ainsi que des mini-réseaux et la distribution subventionnée de 145 000 kits solaires dans les 23 provinces. En septembre 2025, l’État a annoncé, dans le cadre de la Mission 300 et du plan « Tchad Connexion 2030 », l’objectif de 60 % d’accès en 2030, 1,1 milliard de dollars à mobiliser et 866 MW de capacité nouvelle, dont 520 MW solaires. Le solaire avec stockage est désormais la solution de référence pour les localités éloignées du réseau, et les témoignages recueillis par la Banque mondiale dans le sud du pays — un centre de santé qui fonctionne 24 heures sur 24, un commerçant dont la recette quotidienne augmente, une famille qui économise 3 000 FCFA par mois de recharge de téléphone — disent ce que Bédjondo attend. Autrement dit : les programmes existent, les financements existent, la technologie existe ; il manque l’inscription de Bédjondo sur la carte.
3. Ce que l’électricité rendrait possible
L’électricité est la condition de presque tout le reste. Pour la santé : une maternité éclairée, un réfrigérateur pour les vaccins, un laboratoire, des équipements qui fonctionnent. Pour l’école : des cours du soir, des salles informatiques, des élèves qui révisent après le coucher du soleil. Pour l’économie : des moulins, des ateliers de soudure et de menuiserie, des unités de transformation de l’arachide, du sésame et du karité, des chambres froides, des commerces ouverts le soir, un marché qui vit après 18 heures, et les métiers du numérique que porte notre Pôle IV. Pour l’eau : des forages à pompage solaire et une mini-adduction qui ne dépend plus du carburant. Pour la sécurité et la vie sociale : des rues éclairées, une place publique, des activités culturelles. Pour la commune : des services qui fonctionnent, des registres numérisés, un marché mieux géré. Pour l’internet, enfin, dont nous portons par ailleurs le plaidoyer : sans énergie fiable, aucune antenne ni aucun point d’accès ne tient. Électrifier Bédjondo, c’est débloquer d’un coup la santé, l’école, l’emploi, l’eau et la connectivité.
4. Ce que nous demandons
Au ministère, à la CEP-TchadElec et à la SNE :
- inscrire Bédjondo, chef-lieu de département, et les cantons de Bébopen, Nderguigui et Yomi ainsi que la sous-préfecture de Péni dans la programmation du PAAET et de la Mission 300, en indiquant l’option retenue — extension du réseau depuis Koumra ou mini-réseau solaire avec stockage à l’échelle de la ville — et un calendrier
- électrifier en priorité les équipements publics (centre de santé et maternité, écoles et lycée, mairie, marché, forages)
- faire bénéficier les ménages du département de la distribution subventionnée de kits solaires
À l’ARSE : publier les données d’accès et de qualité de service par département, et encadrer des tarifs abordables pour les mini-réseaux ruraux.
Aux partenaires financiers : veiller à ce que les chefs-lieux de département aujourd’hui non électrifiés, dont Bédjondo, figurent explicitement dans les cibles de la prochaine phase, et non seulement les capitales provinciales.
Aux opérateurs privés de mini-réseaux et de solutions solaires : étudier Bédjondo comme site de mini-réseau ; une ville de plus de 15 000 habitants, chef-lieu, avec un marché, des écoles et un centre de santé, constitue une demande solvable et concentrée.
À la commune et aux élus : inscrire l’électrification dans le plan de développement communal, réserver les emplacements nécessaires (centrale solaire, poteaux, éclairage public) et porter la demande dans les instances provinciales et nationales.
5. Ce qu’ADEB LONODJI s’engage à faire
Nous proposons de commencer sans attendre. ADEB LONODJI s’engage :
- à cofinancer, avec sa diaspora, l’éclairage public solaire du marché et de l’axe principal de Bédjondo, premier chantier visible, avec une part des droits de marché fléchée par la commune sur l’entretien et le remplacement des batteries
- à équiper en solaire, en partenariat avec les autorités sanitaires et scolaires, un premier équipement public prioritaire (maternité ou salle d’examen)
- à réaliser, avec les techniciens de la diaspora, un relevé des besoins énergétiques de la ville (équipements publics, commerces, artisans, ménages) mis à la disposition des programmes nationaux pour accélérer les études
- à former des jeunes de Bédjondo à l’installation et à la maintenance solaire, métiers dont la ville aura besoin
- à rendre compte publiquement des réponses reçues au présent plaidoyer
Ce que nous ne savons pas, et ce que nous demandons pour cela
Nous n’avons trouvé aucune donnée publique sur l’accès à l’électricité à l’échelle de Bédjondo, ni sur les projets éventuellement prévus pour le Mandoul Occidental dans le PAAET ou les programmes suivants. Nous demandons respectueusement aux destinataires de bien vouloir nous communiquer ces informations, de désigner un interlocuteur, et de nous indiquer par quelle première mesure ils entendent commencer. ADEB LONODJI se tient à leur disposition.
Pour ADEB LONODJI,
l’animateur de l’association, Bignéro Moïalbéi LE MADANG,
avec le bureau exécutif : Adoumbé Maoura, président ; Salomon Ngarbaye, secrétaire général.
Sources : Banque mondiale, communiqué « Le Tchad accélère son accès à l’énergie » (24 mars 2022) et reportage « Le soleil, moteur d’un nouveau quotidien au Tchad » (2 décembre 2025) ; CEP-TchadElec, présentation du PAAET (douze villes secondaires, dont Koumra) ; Agence Ecofin, « Tchad : 1,1 milliard $ pour l’accès à l’électricité d’ici 2030 » (17 septembre 2025) ; Alwihda Info, juillet 2025 (candidats au baccalauréat à Bédjondo). La situation locale décrite est celle rapportée par les membres et habitants ; aucune donnée officielle par localité n’est publiée. Ce plaidoyer s’inscrit dans les thématiques Eau, énergie & connectivité et Gouvernance & plaidoyer. Également disponible sur la page Documents.
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