Le mot que plusieurs personnes nous écrivent orthographient différemment — nangda, nangnda — désigne la même chose : le terme que le Comité de langue nangnda emploie depuis 1996 pour couvrir à la fois les parlers de Bédjondo et de Béboto. D’où vient-il, et les langues qu’on lui associe — gor, yamod, pen — dérivent-elles vraiment du bedjond ? Notre article Ce que la SIL a écrit sur la langue bedjond détaille déjà l’essentiel des données ; celui-ci répond précisément à la question de la filiation.

Frères, pas parents

C’est la réponse même des personnes enquêtées par la SIL qui tranche le mieux la question. Invitées à comparer le bedjond au bebot, au gor, au mango, au mbay et au ngambay, sans exception, elles ont désigné ces langues comme des « frères », les différences tenant à la manière de parler et à la géographie, non à l’ethnie. Une fratrie, pas une filiation : aucune de ces langues n’est présentée comme la source des autres.

Les chiffres vont dans le même sens. Sur des listes de 225 mots, le bedjond partage 88 % de son vocabulaire avec le bebot, 86 % avec le mango et 84 % avec le gor ; les locuteurs bedjond comprennent 95 % d’un texte enregistré en gor, 94 % en mango. Ce sont des scores symétriques entre langues proches, pas la trace d’une langue mère et de ses filles. Le rapport de la SIL rappelle, dans sa version anglaise (SIL Electronic Survey Report 2007-015), que Bender (1996) range le gor, le bedjond et le mango dans un même ensemble qu’il appelle « Doba », du nom de la ville, et que Boyeldieu (2006) situe le bedjond dans le rameau « central » des langues sara, aux côtés du sar, du mbay, du ngambay et du kaba : des langues coordonnées, pas hiérarchisées.

Le nom nangnda lui-même le confirme à sa manière. La SIL rapporte qu’il viendrait de nang nda, « terre blanche », un terme employé à l’origine par les Gor de Bodo — par moquerie, semble-t-il — pour désigner la zone entre Bodo et Bédjondo, avant d’être repris comme nom englobant par le Comité de langue nangnda. Ce sont donc les Gor qui ont nommé les Bedjond, pas l’inverse ; et le Comité lui-même considère aujourd’hui « bedjond » comme le nom d’un simple sous-groupe au sein d’un ensemble nangnda plus large, non comme son origine.

Gor, une langue à part entière

Le gor n’est pas un dialecte du bedjond : c’est une langue sœur, bien identifiée, centrée sur la sous-préfecture de Bodo — aujourd’hui chef-lieu du département de Kouh-Est — à environ 65 km au sud de Doba. Des villages de langue gor se trouvent aussi dans les sous-préfectures de Béboto, Bédjondo et Yamodo. C’est d’ailleurs le parler que les Bedjond eux-mêmes comprennent le mieux, et le voisin le plus souvent cité comme celui qu’ils aimeraient voir écrit à côté du leur.

Yamod, un dialecte du gor — et un lieu bien réel

Yamod est un dialecte du gor, pas du bedjond. Ce que notre article sur les cantons avait trouvé sans le savoir prend ici tout son sens : la sous-préfecture de Yamodo, où l’association a documenté sur le terrain des populations d’origine bedjond, est précisément l’une des zones où vivent des locuteurs gor — ce qui confirme le lien, même si l’enquête de la SIL, menée autour de Doba, ne s’est pas étendue jusque-là.

Pen, une variante du bedjond lui-même

Pen, en revanche, ne désigne pas une langue voisine mais une variante interne au bedjond : notre article sur Kokotan, sourcé aux travaux de Djarangar Djita Issa, cite déjà bedjond, bebote, yom, pen et maguer comme les variantes connues du parler de Bédjondo. Le nom survit dans celui du canton de Bébopen, où la SIL a mené une partie de son enquête.

Un dernier détail, non résolu

Un village du canton de Bangoul porte le nom de Nangda — à l’orthographe près, celui du terme englobant lui-même. Coïncidence ou lien réel ? Notre article sur les villages et cantons le signalait déjà sans trancher : la question reste ouverte, et la thématique Mémoire & héritage l’accueillera volontiers.

Sources principales : Eric Johnson, Enquête sociolinguistique des variétés linguistiques de la région de Doba du Tchad : bebot, bedjond, gor et mango, SIL Electronic Survey Report 2007-010 (édition française) et 2007-015 (édition anglaise), SIL International, 2007 ; Djarangar Djita Issa, Description phonologique et grammaticale du Bedjonde ; « Doba language » et « Sara languages », Wikipédia (consultées le 22 septembre 2026).

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